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DÉMÉNAGEMENT À LA GRANDE-ANSE  : LA POCATIÈRE

Quoiqu'il en soit, Mathurin n'exploite guère longtemps sa ferme louée à bail sur l'île d'Orléans. En effet, sa destinée le mène bientôt sur la rive sud du St-Laurent. Le jeudi 10 octobre 1686, Mathurin Dubé, désigné comme « habitant de la Grande Hanse », est présent en compagnie de son épouse Marie Campion, devant le notaire Gilles Rageot pour passer le contrat de vente de leur terre obtenue en concession en juin 1667, à Julien Dumont dit Lafleur. Les témoins sont Jean-Baptiste Morin dit de Rochebelle et Métru qui ont signé, alors que « lesd. Partyes  (ont) déclaré ne scavoir escrire ny signer ». Cette dernière affirmation, constante pour Mathurin, était moins exacte par rapport à Marie. Ainsi, après un séjour d'une vingtaine d'années à l'île d'Orléans, Mathurin s'établit avec sa famille à la fin de septembre ou au début d'octobre 1686 sur le lot no 30 de la nouvelle seigneurie de La Pocatière. Il en est le premier fermier à bail et l'un des premiers à résider dans ce secteur de Notre-Dame-de-Liesse (Rivière-Ouelle), une très vaste paroisse à l'époque.

1- Le fermier à bail du domaine seigneurial

François-Madeleine-Fortuné Ruette, sieur d'Auteuil, probablement informé par sa grand-mère Anne Gasnier des qualités du fermier Mathurin Dubé, accorde à notre ancêtre un bail d'affermage sur la propriété de Marie-Anne Juchereau de la Pocatière. Il agissait ainsi comme gestionnaire des biens de son épouse, veuve de François Pollet de la Combe Pocatière. Donc quinze jours avant la vente de sa terre de l'île d'Orléans, Mathurin accepte, le jeudi 26 septembre 1686, devant le notaire Gilles Rageot, d'exploiter à bail à compter « du premier may prochain pour sept ans consécutifs (…) La terre et manoire Seigneurial de la Seigneurie de la Pocatiere en la Grande Ansse … joignant dun costé à Monsieur de Sainct Denis dautre  a la terre et habitation de Guillaume Lisot dun bout le fleuve Sainct Laurent d'autre la fin et profondeur de lad. terre » avec la maison et autres bâtiments existants. Le seigneur s'engage à leur fournir également les animaux, outils et « toutes les avances de grains qui leur seront necessaires pour ensemencer lad. terre », dont les locataires doivent en rembourser la moitié sur le produit de la future récolte. Mathurin et Marie s'engagent à « livrer et charger dans la Chaloupe » envoyée par le seigneur Ruette d'Auteuil, chaque année, « saize livres de boeurre sallé » dans les pots ou tinettes fournis par le seigneur, et cela, pour chaque vache du troupeau, à partager avec le seigneur la « moytié aux escroix », en l'occurrence la moitié des veaux et autres produits de la terre. Les locataires verront à interdire la chasse sur le domaine, à l'exception de la perdrix. Les témoins sont Nicolas Huot St-Laurent, habitant de la Bouteillerie, et Pierre Mourier, un ancien voisin de Mathurin à l'île d'Orléans. Ce dernier, de même que Mathurin Dubé, « ont déclaré ne scavoir escrire ny signer ». Mathurin a cependant laissé sa marque. Marie a tenté de signer le contrat et n'y a réussi que partiellement avec ses initiales MA...'C. Le notaire Rageot l'a confirmé en indiquant en dessous : Signature de Marie Campion.

2- La mise en valeur du domaine

Bien qu'il ne soit pas astreint à un régime de servage comme les paysans européens de l'époque, Mathurin doit néanmoins s'acquitter de certaines obligations. En effet, il est obligé de verser au seigneur un fermage annuel (loyer d'une ferme); de lui accorder trois ou quatre jours de travail, consacrés généralement à bien entasser la moisson dans la grange; de faire moudre son blé au moulin du seigneur et de lui verser une redevance équivalant habituellement à quatre pour cent de la récolte. Mathurin a sûrement cultivé principalement le blé, comme les autres fermiers du temps, dans le but de générer des revenus suffisants. Mais d'autres denrées aussi, car les cultures du seigle, de l'orge, du sarrasin, de l'avoine, des lentilles, du chou, du millet, des fèves, du lin et du chanvre avaient la réputation de bien réussir sur les terres de la région. En moins de deux ans, notre « ancêtre-fermier » avait obtenu deux contrats d'affermage de personnes de haut rang et le privilège d'élever sa famille sur la propriété seigneuriale. Ces contrats et la concession obtenue de l'évêque, après avoir travaillé pour lui quelque temps, nous portent à conclure que Mathurin était un bon travailleur et qu'il s'y connaissait en agriculture. Malheureusement l'absence de documents ne nous permet pas d'évaluer et de quantifier les résultats du travail de Mathurin sur ce domaine seigneurial.

Nous ne savons pas exactement où Mathurin avait son habitation sur le grand domaine seigneurial. Le manoir n'existe plus, bien qu'on aperçoive aujourd'hui, sur le coteau, une très grande maison qui peut avoir été l'emplacement du manoir La Pocatière. Louis Dubé, professeur retraité de l'Université Laval et l'un des doyens de l'Association des Dubé d'Amérique, écrit  (Le Bé, no 16, décembre 2000) : «Si on vérifie avec attention où se trouve la terre de Guillaume Lizot à l'est et la limite de la seigneurie St-Denys à l'ouest, l'endroit où furent envoyés Mathurin et sa famille ne peut être que dans cette partie (26 arpents) du fief Pollet qu'on désigne comme étant le domaine sur le cadastre de Léon Roy». L'endroit est connu comme le Grand Ruisseau; c'est d'ailleurs le long de ce petit cours d'eau que fut construit le moulin banal de la seigneurie. Selon Léon Roy (Les Terres de la Grande-Anse des Aulnaies et du Port-Joly, p. 147), Jean LeRouge arpenta la seigneurie en 1692 et il décrit ainsi le domaine seigneurial :

« qui commence a Une Borne que j'ay plantée qui separe la susd. seigneurie de celle de Mr de St Denis et depuis lad. Borne j'ay mesuré 14 arpens jusqu'à la rivierre ou est basty le moulin et depuis dad. Riviere jusqua labitation de guillaume lissot il y a 9 arpens 9 perches et au bout diceux j'ay tiré une ligne du nord ouest au sudest jusqu'au costeau lad. ligne faisant separation du domaine de lad. seigneurie de Mr Dauteuille de l'habitation de guillaume lissot et sur lad. ligne j'ay planté deux bornes de Pierre Sous lesquelles est enterré des morceaux de briques. »

Léon Roy ajoute que l'arpenteur aurait dû compter 12 arpents au lieu de 9 arpents et 9 perches entre le Grand-Ruisseau et la terre de Guillaume Lizot, puisque le domaine s'étendait sur 26 arpents de front.

3- Les héros de Rivière-Ouelle

La famille Dubé a joué un rôle, mineur certes, dans l'histoire nationale durant son séjour au domaine La Pocatière. Lors de l'incursion d'une flotte de 34 vaisseaux britanniques venant de Boston et dirigée par Sir William Phipps en 1690, le curé Pierre Terrier de Francheville rassembla 38 citoyens et jeunes hommes pour faire face aux envahisseurs. Plusieurs d'entre eux, en raison du croisement des familles, sont nos ancêtres. Le prêtre, revêtu d'un long manteau et portant un mousquet, conduisit ses paroissiens durant la nuit et les mit en embuscade derrière les buissons. Mathurin était parmi eux, accompagné fort probablement de ses garçons Mathurin, âgé de 18 ans, et Louis, âgé de 14 ans. Le détachement envoyé en ravitaillement sur la rive par Phipps, à la faveur de la marée, fut accueilli par une salve de mousquets et se débanda en panique. La tradition locale a consacré les compagnons du coup de feu comme les Héros de Rivière-Ouelle, et les a associés à la sauvegarde de la Nouvelle-France. Cette brève escarmouche fut immortalisée à Rivière-Ouelle par l'érection d'une plaque souvenir à la gloire des combattants. Inauguré en 1946, sous l'initiative de l'abbé Armand Dubé (1906-1987), historien de Rivière-Ouelle, ce monument rappelle aux générations présentes l'acte de bravoure accompli par les habitants sous la houlette d'un humble curé de campagne. Phipps a été reçu de la même manière partout où sa troupe essayait de prendre pied sur la rive. Manquant de vivres et se trouvant impuissant devant les troupes du gouverneur Frontenac, il n'a pu soutenir son siège devant Québec et retourna à Boston.

4- L'énigme de la fin du bail

En septembre 1686, Mathurin signe le bail qui doit courir «  pour sept ans consécutifs ». Dans un article (Le Bé, no 16, décembre 2000, p. 18), Louis Dubé écrit : « Combien de temps Mathurin Dubé a-t-il été le premier fermier à bail de la Seigneurie de la Grande-Anse ? Nous avions toujours cru qu'il avait rempli lui-même son contrat de 7 ans, c'est-à-dire de 1686 à 1694. » Louis pose le problème de la fin du bail après avoir pris connaissance d'un paragraphe publié en 1972 par Thérèse D. Ferland dans son livre La Famille d'Auteuil au Canada. Elle affirme : « Au printemps, le procureur doit résilier le bail accordé un an plus tôt à Mathurin Dubé dans la Seigneurie de la Grande-Anse. Celui-ci a obtenu une concession à Rivière-Ouelle et préfère s'y établir. Il propose son fils Mathurin Junior pour travailler sur la ferme à sa place. Ruette d'Auteuil accepte le marché et le défrichement continuera à la Pocatière avec Dubé fils au moins jusqu'en 1694. »

Nous aimerions connaître les sources sur lesquelles madame Ferland appuie cette résiliation. Pour sa part, Léon Roy affirme que Mathurin Dubé  était le fermier du seigneur d'Auteuil au moment où Jean LeRouge arpente la seigneurie en 1692. Selon des documents de Raymond Dubé, Mathurin acquiert le 5 décembre 1690 une terre de 4 arpents de front à Rivière-Ouelle. Michel Langlois écrit que, au terme de son bail en 1694, Mathurin « reçoit du sieur de la Bouteillerie une terre de deux arpents de front par quarante-deux arpents de profondeur à l'Anse-aux-Iroquois. Cette terre voisine celle qu'il a achetée auparavant de Nicolas Cantin.». Pourtant, Léon Roy ne mentionne pas ces deux terres acquises en 1690 et en 1694 en parlant de notre ancêtre. Nous avons trouvé des documents démontrant que Michel Langlois fait erreur en attribuant la concession de 1694 à Mathurin, père, alors qu'il aurait dû l'attribuer à Mathurin, fils. Même si nous contestons que Mathurin, père, ait demandé un transfert de son bail à son fils Mathurin dès 1687, nous acceptons que ce soit lui qui a effectivement complété le bail. Il semble que Mathurin père ait occupé sa nouvelle terre à Rivière-Ouelle vers 1691 et joué à nouveau le rôle de défricheur avant sa mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CARTE DE LA GRANDE-ANSE

 

 

 

 

 

SIGNATURE DE MARIE CAMPION

 

 

 

 

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